Essai Triumph Bobber

J’ai déjà eu l’occasion de poser mon séant sur plusieurs motos, plutôt différentes les unes des autres bien qu’orientées trail pour la majorité d’entre elles. Il n’empêche que les customs ont toujours eu la capacité à attiser ma curiosité, principalement pour leur position de conduite relativement radicale que ce soit pour une bobber, une chopper ou autres café racer…

Triumph a plutôt surpris à la sortie de cette bobber : une Américaine chez les British ? Inattendue, culotté mais clairement pas choquante au vu de la pléthore de modèles néo-rétros au catalogue du constructeur. J’ai donc sauté sur l’occasion lorsque j’ai vu la bobber proposée en essai à la concession d’Aubière, le look est réussi et les caractéristiques moteur ont de quoi titiller la curiosité des néophytes de mon genre (77 ch à 6100 tr/min, 10,8 m.kg de couple à 4000 tr/min). Je réservai un essai pour le lendemain et en sortant des locaux, l’impatience me gagnait déjà !

La météo ne sait pas trop ce qu’elle veut en Auvergne, celle-ci à eu la bonne idée d’attendre la fin de mon essai pour balancer quelques gouttes d’eau et je l’en remercie, car pour le coup c’est une bécane qui dort au garage 8 mois sur 12, bien bichonnée en attendant que la température moyenne avoisine les 20 degrés pour sortir ses tétines sur un bitume « propre » et sec. C’est un style de moto que je prendrais bien en seconde monture mais clairement pas en principale, pour faire une ballade bucolique en moyenne montagne et m’afficher tout fier à la terrasse d’un café/restaurant entre deux passages de cols.

On m’a souvent attribué ce style de bécane en raison de mon physique, je dois dire que je comprends ce genre de remarque bien que ce soit assez réducteur  

Quarante-cinq minutes de route et 50 minutes de banane au visage plus tard, je dépose le joujou avec le regret de ne pas avoir 2 ou 3 heures supplémentaires pour faire plus ample connaissance. La position est assez déroutante au premier abord, les jambes à l’équerre et le buste en avant, ce n’est pas désagréable lorsque l’on roule sur nationale à fendre le vent de tout son être. La selle est réglable mais je ne l’ai appris qu’après avoir fait l’essai sur la position la plus éloignée… C’est un détail qui fait la différence mais globalement le confort n’était pas à plaindre par rapport aux attentes que l’ont peut avoir en la matière sur ce type de bécane.

Pour ce qui est de la conduite, la bobber nous accueille dans un environnement ultra dépouillé et pourtant riche en informations, un gros compteur de vitesse rond surplombe un petit tableau de bord numérique proposant l’affichage des informations de consommation (conso instantanée, moyenne, autonomie, jauge d’essence, deux compteurs de trajet), rapport engagé, indicateur d’entretien, horloge, total kilométrique, le tout défilant par un unique bouton au commodo gauche.

Quant au mode de conduite (Road ou Rain), il est modifiable par un bouton au commodo droit avec validation par une pression sur la commande d’embrayage. Il est également possible d’ajouter un régulateur de vitesse (pour quoi faire ?), des poignées chauffantes (même question…) en plus de cette dotation de série, comportant également un antipatinage qui ne me semble utile que sur route grasse ou détrempée… Seule petit bémol mais vite oublié, l’absence de compte tour (mea culpa, il existe bien dans le cadran digital mais tellement visible que je ne l’ai pas vu pendant l’essai, la remarque suivante reste donc en partie valide), ici ce sont vos oreilles qui le remplacent tellement le moteur est parfaitement audible peu importe votre vitesse, chaque coup de piston pouvant être décelé tant lors des accélérations que sur un filet de gaz. Triumph à remarquablement bien travaillé sur la bande son, le moteur s’exprimant principalement par son échappement, il n’y a pas de bruits parasites qui gagnent vos oreilles depuis ce bloc.

Vous pouvez apprécier chaque rotation de la poignée ride by wire (complètement transparente) par un grognement rauque de la boîte à air pendant les reprises pleines d’entrain que procure le bicylindre, il y a de la vie et ça pousse fort du début à la fin avec une allonge tout à fait honorable, la philosophie du bobber tel qu’il est né aux Etat-Unis semble totalement respectée de ce côté là ! C’est d’autant plus agréable que la bête pèse tout de même 228 kg à sec, ce qui pourrait laisser penser que les performances sont plutôt mollassonne de prime abord mais le couple arrive très vite tout en gardant une souplesse remarquable à bas régime pour ces deux galettes de 600 cm3 ! La consommation, raisonnable, est de 4,5 l /100 km sur la faible distance que j’ai parcouru (environ 30 km) en ville et principalement sur des départementales, comptez 150 à 180 km d’autonomie avant le passage en réserve, ce qui est tout à fait honorable pour un réservoir de 9,1 litres.

Cependant gare à ne pas se laisser entraîner trop loin par toute cette fougue, les freins manquent de mordant et la conduite au frein moteur reste encore à privilégier pour ne pas se faire surprendre dans un virage amorcé à trop grande vitesse, la garde au sol reste très limitée et faire frotter les pots amènera rapidement à une glissade incontrôlée.

Pour ce qui est de l’aspect esthétique, il n’y a pas à dire c’est un sans faute, d’aucuns diront qu’un bobber doit naître de l’inspiration de son propriétaire et non d’une chaîne de montage aseptisée, il faut avouer qu’elle est dans la droite ligne des Bonneville, Streetcup et autres Thruxton : propre, lisse et très bien assemblée. Les puristes crieront au scandale, ceux qui veulent juste rouler sans passer plusieurs mois à bricoler dans leur garage apprécieront le souci du détail, je trouve cependant dommage d’avoir eu recours à des collecteurs artificiels pour cacher la marmite nécessaire au passage des normes antipollution Euro4 entre le bloc et la roue arrière.

Enfin à 12900 € le jouet, Triumph semble vouloir séduire un publique de niche, principalement présent chez Harley Davidson, bien que certains motards adeptes de roadster lorgnent aussi sur cette machine permettant une porte d’entrée toute faite pour cet autre monde de la moto.

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